À contretemps
J’ai déjà écrit sur le sommeil. Vaste sujet, qui me concerne particulièrement depuis la naissance de mon deuxième enfant.
Un raz-de-marée à la fois prévisible… et totalement imprévisible. On ne s’attend jamais vraiment à devenir quasi insomniaque après une naissance. Et pourtant. Je vous renvoie à cet article si vous le souhaitez.
Dans celui-ci, j’aimerais aborder un des excès fondamentaux du vieillissement accéléré :
Dormir chroniquement moins de 6 heures par nuit.
Le changement d’heure que nous venons de vivre en est un bon exemple.
Une seule heure. Et pourtant, tout se dérègle.
Difficulté à s’endormir, réveils nocturnes, fatigue au réveil, sensation de décalage… comme si le corps ne suivait plus.
Et c’est exactement ce qui se passe.
Le corps humain ne fonctionne pas à l’heure sociale.
Il fonctionne à l’heure biologique.
Ce rythme interne, calé en grande partie sur la lumière, orchestre la sécrétion de la mélatonine, du cortisol, la température corporelle, la digestion, l’énergie.
Quand on réduit le sommeil, ou que l’on décale ses horaires de manière répétée, ce rythme se désynchronise.
Et c’est là que le problème commence.
Le cortisol ne redescend plus correctement le soir.
La mélatonine est sécrétée plus tard et de manière moins efficace.
Le sommeil profond diminue.
Le corps récupère moins bien.
Mais surtout, tout se met à fonctionner “à côté”.
On mange à des heures où le corps n’est pas prêt.
On s’active alors qu’il devrait ralentir.
On force alors qu’il demanderait du repos.
On le voit très bien avec les enfants : ils se calent naturellement sur la lumière. S’il fait encore jour, ils n’ont tout simplement pas envie d’aller se coucher.
Cette désynchronisation chronique a des effets bien documentés : inflammation de bas grade, baisse de la sensibilité à l’insuline, perturbation des hormones sexuelles, système nerveux plus réactif, moins résilient.
Rien de spectaculaire sur le moment.
Mais une usure.
Je suis partie au ski récemment, et les changements de lieu et de rythme sont toujours synonymes de sommeil perturbé. Je le sais, et malgré tout, une forme d’appréhension s’installe.
Et puis, quand j’arrive à me dire que ce n’est que transitoire, que le corps récupère malgré tout, même dans un sommeil léger, la pression redescend.
Et c’est souvent à ce moment-là que le sommeil revient. Parce que le problème n’est pas seulement le manque de sommeil. C’est la tension que l’on crée autour.
Aujourd’hui, beaucoup de personnes sont équipées de montres qui analysent leur sommeil. Quand on leur demande s’ils ont bien dormi, la réponse n’est plus “oui” ou “non”, mais “j’ai fait une nuit à 90%”.
Je trouve cela parfois plus anxiogène qu’autre chose. Alors j’ai testé. Par curiosité.
Et cette nuit-là, j’ai fait une nuit à 94%. Et effectivement, je sentais que j’avais récupéré, avec une sensation de sommeil profond plus marquée. Donc pourquoi pas, si cela rassure.
Mais encore une fois, le risque est de sortir de ses sensations pour se fier uniquement à un chiffre.
Or le corps, lui, ne fonctionne pas en pourcentage.
Il fonctionne en rythme.
Alors que faire quand on dort moins de 6 heures de manière répétée ?
D’abord, essayer de ne pas ajouter du stress au manque de sommeil.
Ensuite, remettre de la régularité là où c’est possible : heures de coucher relativement stables, exposition à la lumière naturelle le matin, diminution de la lumière artificielle le soir.
Redonner des repères au corps. Alléger les soirées plutôt que les charger.
Accepter aussi que certaines périodes soient moins favorables, sans chercher à compenser de manière excessive.
Et surtout, ne pas banaliser.
Le corps est capable de s’adapter, mais pas indéfiniment.
Vieillir en bonne santé, ce n’est pas seulement éviter les excès.
C’est rester synchronisé.
Dormir moins de 6 heures par nuit, de manière répétée, revient à vivre en léger décalage permanent avec son propre corps.
Et le corps finit toujours par le faire payer.
Encore une fois, il ne s’agit pas de rigidité. Mais de rythme.
Le sommeil n’est pas une variable d’ajustement.
C’est un rythme.
Et comme tous les rythmes du vivant, il ne supporte pas d’être constamment bousculé.

