L'apparence
Pourquoi est-ce que l’on s’habille chaque jour ?
Pour le confort, pour l’apparence ?
Pourquoi est-ce que l’on cherche — ou pas — à se distinguer des autres ?
J’aime comparer mon corps à une maison.
On entretient les fondations, on répare la tuyauterie, on s’occupe de la chaudière pour qu’elle ne chauffe ni trop ni pas assez, on fait circuler l’air pour éviter les pollutions et les moisissures, on vide les poubelles, on utilise des produits non toxiques pour nettoyer, on fait en sorte d’avoir un environnement favorable… comme dans notre corps.
On repeint les murs lorsqu’ils montrent des signes de fatigue, lorsqu’ils vieillissent.
On refait un ravalement de façade — expression hautement poétique, également utilisée pour notre visage.
Et puis on décore.
Lorsque l’on visite une maison, son apparence fait une énorme différence. Entre une maison saine ou décrépite, une maison douillette décorée avec goût ou une autre à l’abandon, l’impression n’est pas la même.
Tout cela est transposable à notre corps.
Il faut l’entretenir et ne pas se laisser aller. Non pas qu’il faille être tout le temps au top ou en représentation, mais gérer son hygiène élémentaire — soigner ses fondations et sa tuyauterie — et son apparence.
Ce mot a une connotation assez péjorative, alors que je ne parle pas de l’apparence superficielle des réseaux sociaux, mais de celle dans laquelle on se sent bien, en confiance, prête à en découdre.
Les vêtements que l’on sélectionne avec soin et qui nous permettent de nous démarquer font partie de cette personnalité que l’on expose au monde.
La déco de notre maison.
Comment ai-je envie que les autres me voient ?
Est-ce que je vais chercher à m’habiller comme mon voisin pour rentrer dans un moule qui n’est pas le mien, ou est-ce que je vais cultiver ma propre personnalité ?
J’aime m’habiller parce que les vêtements offrent cette possibilité de s’exprimer sans même ouvrir la bouche. C’est la première chose que l’on remarque lorsque l’on croise quelqu’un.
Et j’aime cultiver ma différence. J’aime pimper ma maison.
Je ne passe pour autant que très peu de temps devant le miroir.
Quand les 40 ans se présentent, le corps commence à changer. Les premiers signes de vieillissement apparaissent, et ce changement d’apparence peut être compliqué à traverser, certains préférant laisser leur maison à l’abandon.
Certaines femmes, en consultation, me livrent les difficultés qu’elles rencontrent à accepter leur corps qui change. Je l’entends et je le comprends.
Tout comme les adolescents doivent appréhender un nouveau corps, les adultes se préparent eux aussi à une nouvelle transition.
À 30 ans, j’ai bien cru que je ne verrais pas grandir ma fille. La vieillesse me paraissait alors bien enviable, une sorte de graal inatteignable.
Je n’ai évidemment aucune leçon de vie à donner. Le chemin de chacun est semé d’apprentissages.
Mais les signes de l’âge sont inéluctables, et ils montrent que l’on est encore bien vivant.
Je ne vais pas faire comme si tout cela m’importait peu.
Je oins mon corps des onguents les plus vendeurs pour conserver une jeunesse éternelle. J’utilise un masque LED débusqué à bas prix sur Vinted, qui nous vaut de franches parties de rigolade entre copines. Des heures à parler de tous ces changements, à nous comparer à nos mères au même âge, que l’on trouvait déjà bien plus vieilles que nous — alors qu’en fait, pas vraiment.
Et je me dis que ma fille me voit donc certainement de la même manière : vieille.
J’avoue, je ricane un peu en écrivant ces lignes et en revoyant le visage de toutes mes amies hilares face à tant d’expériences vaines.
Car, hormis le bistouri, aucune crème et aucun masque ne nous rendront nos 20 ans, ni même ne nous ramèneront deux ans en arrière.
Mais même si tout cela est vain, ça a au moins le mérite de nous faire rire — même si ce n’est pas très bon pour les rides d’expression.
Je pense — et ceci n’engage que moi — que l’acceptation est la clé.
On a le droit de se débattre un peu, c’est bien normal. Mais quoi de mieux pour le faire que de s’occuper des fondations de notre maison ?
Le changement est difficile.
Est-ce que s’appliquer des crèmes et des masques est compliqué ? Hormis pour le portefeuille, pas vraiment.
C’est comme se contenter d’une pilule magique pour réduire le cholestérol sans amorcer le moindre changement alimentaire.
Fuir la difficulté, c’est éluder le problème.
Le changement de cycle n’est pas le problème en soi. Le travail se situe dans la perception que l’on en a.
Prendre conscience de cette nouvelle phase de vie qui entre en scène, et se donner les moyens de traverser cette transition dans les meilleures conditions, est la clé de l’acceptation.
C’est inéluctable pour tout le monde.
Si ce n’est pas le cas, c’est que l’on n’a pas eu l’opportunité d’arriver jusque-là, ni de connaître le plaisir de se plaindre ensemble.
Nous connaissons tous des personnes avec qui nous aurions aimé nous lamenter du temps qui passe, mais la vie en a décidé autrement.
Soyons reconnaissants.
Lorsque le matin le corps paraît un peu plus difficile à déployer, que nos yeux sont un peu plus gonflés, que la moitié de verre de vin bue la veille nous assomme comme une violente gueule de bois, que nos jeans baggy sont devenus des slim, que nos culottes menstruelles n’ont plus d’utilité, que nos sillons nasogéniens ont atteint un centimètre de profondeur, que nos poils sont plus nombreux que nos cheveux…
Je pourrais continuer avec le sourire aux lèvres pendant des heures, mais vous avez compris le principe.
Tout cela nous montre que notre corps est bien vivant. Il évolue, tout simplement.
Et nous avons les clés en main pour l’accompagner de la meilleure des manières.
S’occuper de ses fondations — même si on ne l’a jamais vraiment fait jusqu’alors — est le principal moyen de s’en sortir avec brio.
Nous l’avons vu dans une précédente lettre sur l’importance des protéines : la perte musculaire n’est, par exemple, pas un phénomène irréversible. On peut s’y mettre dès à présent.
Bien manger, bien bouger, bien dormir, bien s’entourer : voici le trousseau de clés dont nous devons nous équiper. Ne pas les voir comme des injonctions supplémentaires, mais comme des atouts dont on prend soin avec fierté.
Ancrer les changements dans le temps, revoir parfois des habitudes délétères installées depuis longtemps, c’est difficile, mais ô combien salutaire.
Et surtout, ne perdons pas cette faculté de rire de nous-mêmes et de ces situations cocasses dans lesquelles nous nous engouffrons parfois.



Très bel article. Être reconnaissant-e-s de vieillir, quels mots justes!
Tellement vrai